Interview DG-IGN

Le Programme du Bénin pour le Millennium Challenge Account a opté pour la technologie GPS (Système de Positionnement par Satellite) dans le cadre des opérations de sécurisation foncière. Une technologie ultra moderne aux multiples usages qui, de l’avis de  M. Apollinaire Dossoumon, Directeur Général de l’Institut Géographique National (IGN), contribue à renforcer les capacités cartographiques et topographiques du Bénin.

Qu’est-ce qui explique selon vous, l’usage du GPS dans la réalisation des 300  Plans Fonciers Ruraux (PFR) au Bénin?

Le GPS, entendez Global Positioning System ou système de positionnement par satellite est utilisé depuis 1990 à l’Institut Géographique National (IGN). Je dois avouer que l’IGN avait  expérimenté cette technologie sans trop la généraliser, puisqu’à l’époque peu de personnes y avaient accès.  Aujourd’hui, le Millennium Challenge Account-Bénin nous a permis de disposer de cette technologie qui va révolutionner les travaux de sécurisation  foncière que le Bénin  a entrepris depuis quelques années.  Avec  le GPS, les géomètres commis aux travaux d’établissement des Plans Fonciers Ruraux pourront travailler avec la plus grande précision et dans un système de référence unique. Le travail qui se faisait autrefois en trois ou quatre semaines avec des appareils de l’ancienne génération se font aujourd’hui en une ou deux journées. C’est une avancée technologique que tout pays qui se veut  moderne doit s’approprier. C’est cette pour cette raison que MCA-Bénin a acheté un lot impressionnant d’appareils GEO XH destinés aux levés topographiques de haute précision. Ces appareils, communément appelés ‘’récepteurs mobiles’,’  recueillent les données envoyées par les  sept stations permanentes installées par MCA-Bénin sur le territoire national.  Ces stations sont alimentées par au moins vingt huit (28) satellites en orbite. Avec ce dispositif acquis par MCA-Bénin, nous aurons des levés topographiques avec des précisions centimétriques. Les marges d’erreur seront désormais  presque nulles. J’insiste sur les caractéristiques  de ces appareils car leur’extrême précision nous aide à réaliser  des PFR de qualité, sources de cohésion et gages d’une croissance économique dans nos villages.

Pensez-vous que le Bénin puisse généraliser cette technologie au regard du coût et de la complexité des appareils GEO XH destinés à l’établissement des PFR ?

C’est vrai que pour tirer meilleur profit de cette technologie, il faut disposer d’un matériel technique adéquat dont la manipulation n’est forcément pas des plus aisées. Autrement dit,  lorsque vous disposez d’une technologie qui  n’est pas maîtrisée  par les principaux utilisateurs, elle devient  inutile pour tout le monde.
C’est pour éviter cette situation que  MCA-Bénin, en collaboration avec l’IGN et la GTZ (Agence Allemande pour le Développement),  a initié et exécuté une série de formations à l’intention des  experts géomètres retenus pour l’établissement des Plans Fonciers Ruraux.  Cette série de formations  a permis de mettre sur orbite opérationnelle  tous les  utilisateurs du GPS et des appareils GEO XH.

Existe-t-il, en dehors du foncier,  d’autres avantages que le Bénin pourrait tirer de cette technologie ?

Les avantages sont énormes. Je dois vous dire que les sept stations installées par MCA-Bénin constituent une mine d’or du fait de la qualité d’information qu’elles fournissent. Ce sont des informations relatives à la position de n’importe quel point sur terre, à la vitesse de n’importe quel objet en mouvement et  même au temps qu’il faut pour atteindre n’importe quelle  cible sur terre. Si le GPS est utilisé pour les Plans Fonciers Ruraux, c’est surtout à cause de la précision et de la fiabilité des résultats. Dans d’autres domaines, les applications de cette technologie sont  formidables. Dans le domaine des transports, on peut utiliser les GPS pour s’orienter (les  véhicules modernes en sont de plus en plus équipés),  pour contrôler les excès de vitesse, surveiller les véhicules suspects,  organiser la régulation du trafic urbain etc.  Dans  le domaine maritime, le  GPS est déterminant pour la surveillance de la position des navires ; dans les BTP, le GPS est directement incorporé aux niveleuses  et autres marteaux électriques et sont en mesure de repérer  d’avance,  les obstacles qui pourraient endommager la construction d’une chaussée par exemple. Dans l’armée, le GPS est considéré comme une arme redoutable en cela qu’il permet d’espionner l’ennemi. L’utilisation du GPS  est multiforme et multisectoriel. C’est une technologie dont aucune nation qui se veut moderne ne peut se passer.  MCA-Bénin a vu juste en décidant de projeter le Bénin dans le concert du cercle restreint des pays africains qui utilisent déjà cette technologie dans le domaine du foncier. Car, ne l’oublions pas, après l’Afrique du Sud, le Bénin est le deuxième pays africain qui utilise, pour l’instant,  cette technologie dans le domaine foncier. Mais je dois avouer que le GPS a ses insuffisances. Elles sont liées par exemple à la faiblesse des signaux dans certains endroits comme les forêts denses, à l’absence de satellites du fait des obstacles qui s’interposent entre le satellite et le récepteur etc. , à l’absence d’internet faute d’un bon débit, à l’absence d’électricité car sans énergie, aucun de ces appareils ne peut fonctionner.

Pensez-vous développer à l’IGN d’autres applications de la technologie GPS ?

Grâce aux apports de MCA-Bénin, l’IGN vise désormais  loin. Les sept stations qui sont installées seront exploitées à fond. Nous allons vendre notre expertise  dans les pays de la sous-région car les informations que brassent les sept stations installées par MCA-Bénin sont  très précieuses.  Je suis le  Président du Conseil d’Administration du Centre africain chargé de la formation en techniques  de levés aérospatiaux (CRECTAS). Vous ne pouvez imaginez l’engouement que suscite déjà nos sept stations permanentes au niveau des pays membres de cette institution qui y voient la solution à tous leurs  besoins en données fiables et précises sur leurs pays respectifs.  C’est vous dire que nous ne comptons pas rester aux seules applications sur le foncier. Bien au contraire, toutes les autres applications seront développées conformément aux besoins qui  nous seront formulés par des tiers.

Comment imaginez-vous l’avenir de ces sept stations permanentes  après MCA-Bénin ?

Il s’agit là d’une question fondamentale  liée au leadership de ceux qui sont appelés à gérer cette technologie gracieusement mise à la disposition de l’IGN par le Programme du Bénin pour le Millennium Challenge Account.  L’Institut est en train de construire un complexe spécialisé, un centre de calcul pour cette technologie ; c’est  le deuxième centre de calcul en Afrique après celui de l’Afrique du Sud.  Ceux qui se chargeront de cette technologie à la fin du programme MCA-Bénin, qui  jusque-là continue de veiller aux grains, doivent savoir que l’administration est une continuité. Ils doivent  maintenir la rigueur que ce programme a imprimée à l’usage des matériels. Nous devons être très disciplinés et surtout responsables dans la gestion  des appareils qui seront laissés par le Programme et qui sont en réalité un patrimoine national. Je crois que MCA-Bénin a tracé le chemin. Il ne nous reste qu’à le suivre.